A l'heure, matin et soir.J'ai déjà parlé de ce monde invisible, ces créatures qu'on ne voit pas et qui voyagent à nos frais et le plus souvent à notre insu, de poignée de porte en poignée de main. En général on n'y pense pas, sauf quand elles décident de revendiquer leur existence. C'est un peu ce qu'il s'est passé au moment de la grippe cochonne cet hiver, on a (presque) tous cédé à la psychose qui nous poussait à acheter ce gel désinfectant. J'en ai un. Damien en a un. Nicolas n'a peur de rien.
Comme tous les jours depuis quelques semaines, on voyage en Bombardier matin et soir. Un beau train quasiment neuf. Damien avait déjà critiqué la moquette blanche au plafond. Il y a là des arrivées d'air (des sorties ? je sais pas comment appeler ça), c'est peut-être par là que souffle la clim. Bref, le passage de cet air pulsé est visible sur la moquette au plafond par des traînées de poussière noire. Pas joli joli.
Le train de ce soir (comme tous les autres du même modèle) avait ces même traces peu élégantes et l'un de nous a fini par dire "j'aimerais bien avoir un aspirateur". L'idée nous a bien fait rire à Nicolas et à moi.
Autre signe de vieillissement prématuré de ces trains bleus à bout rond : les portes automatiques au niveau du soufflet au milieu de la rame (où le tiers, je crois que la rame est divisée en trois, un peu comme le tramway pour vous aider à visualiser) étaient en panne. En fait il y a une porte de chaque côté du soufflet, une porte, un pas ou deux, une porte. L'une marchait en appuyant sur le bouton, l'autre non, il fallait l'ouvrir à la main. Comme on était assis à côté et que le bruit me dérangeait, je l'ai fermée. Une fois. La deuxième fois, je me suis gentiment moqué de Damien (je suis un gentil garçon) en sortant mon gel désinfectant (nous y voilà) pour me nettoyer les mains. Damien a fait de même un peu plus tard. Il est du genre à fermer la porte des toilettes à cause de l'odeur en se protégeant la main avec un mouchoir, il a fermé la porte en panne en évitant la poignée et on s'est amusé à se demander quelle partie de la porte pouvait être la moins infectée. Au milieu, tout le monde y touche, c'est pour ça qu'on y a mis les poignées. En bas, il y a les chiens, les bébés. En haut, les basketteurs, nettement plus rares. Nous avons un gagnant.

Le contrôleur, un vague sosie de Billy Connolly (un comique écossais, parfois acteur, en photo) s'est heurté plusieurs fois à la porte en panne. Il l'ouvrait, je la fermais, il tentait à nouveau de l'ouvrir en appuyant sur le bouton sans réaliser que puisqu'il avait dû l'ouvrir à la main, elle s'était fermée par la main de quelqu'un d'autre et non automatiquement. Je lui ai quand même fait le coup pas loin de trois fois. J'ai fini par laisser la porte ouverte, dans l'espoir qu'il comprenne le problème. S'il l'a compris il ne pouvait visiblement rien y faire.
En tout cas, même si on n'avait rien eu à se dire, on avait toujours la porte pour s'occuper.

Mise à jour : après lecture, Nicolas, qui a une plus grande connaissance du foot que des comiques anglophones (on le comprend), m'a dit que le contrôleur en question ressemblait à Marco Simone. J'ai eu du mal à trouver l'individu en question faute de savoir écrire son nom, mais j'y suis arrivé grâce à Florent.
Les points communs sont faciles à repérer, peut-être que Marco gagnerait le concours de sosie (bien qu'il soit plus jeune) mais la photo du King Billy est plus rigolote...