Le matin, à l'heure. Climatisé.Le soir, 5 minutes de retard au départ, 20 à l'arrivée. Fenêtres ouvertes.Je sais que j'en ai déjà parlé mais Damien m'a exhorté à le refaire. On a un train climatisé à la fraîcheur du matin, et un vieux train sans clim le soir, alors qu'il a accumulé la chaleur de la journée passée. Certes c'est pas très logique et encore moins confortable, mais puisque j'en ai déjà parlé, quel intérêt de recommencer ? J'étais pas vraiment motivé pour le faire, je me disais à quoi bon, qu'y aurait-il à raconter. Ce qu'il y a de bien avec la vie c'est que les jours passent. Un jour qui passe est un jour qui arrive. Et un jour qui arrive amène sa motivation. En gros, aujourd'hui est arrivé.
Le jour le plus chaud de la semaine, ils ont dit à la radio ce matin. Peut-être même le jour le plus chaud de l'année. 36°. Est-ce que vraiment on n'a jamais connu ça ? Bof, je me suis pas vraiment inquiété.
Mais les gens qui m'accompagnent, Sophie, Damien et Déborah, ont l'esprit plus pratique et plus aiguisé que le mien. 36° c'est supportable quand on est dehors, mais dans le four antique qu'est le train du soir, ça promettait d'être une sacrée épreuve. Je me souviens d'un été ou plein de gens sont morts de chaud parce qu'ils étaient isolés. Nous on est dans un train bien rempli, est-ce qu'on est plus en sécurité ?
J'ai pris l'habitude de boire une petite bouteille d'eau avant de prendre le train. De ce côté là ça allait plutôt bien pour moi, je sentais les gouttes de sueur me chatouiller en courant sous le t-shirt et j'évitais de m'appuyer contre le siège pour bien laisser circuler l'air.
Un train qui roule est un train qui avance. Un train qui avance est un train qui arrive. La grande différence entre un train et un jour c'est que tout peut faire obstacle à un train. Le jour passe, quoi qu'il arrive. Et donc, je sais pas comment elle y a pensé, Déborah a parlé d'excès de vitesse quand le train est passé sous les tunnels à l'entrée de Bordeaux. Moi ça me posait pas de gros problème, vu la chaleur qu'il faisait là-dedans, on était tous plutôt pressés d'arriver. C'est vrai que d'habitude il ralentit en klaxonnant à ce moment là, c'est comme ça qu'on sait qu'on arrive sans regarder dehors.
Aujourd'hui, le train s'est engouffré dans le tunnel numéro un, puis dans le tunnel numéro deux, au même train d'enfer dans le tunnel numéro trois, à toute berzingue dans le tunnel numéro quatre. C'est en sortant de celui-là qu'il a ralenti. Tant et si bien qu'il s'est carrément arrêté. Oh pas longtemps, mais juste assez pour se rendre compte que finalement avec les fenêtres ouvertes, y'a de l'air qui entre et ça rafraîchit un peu. Et puis il a redémarré, sans qu'on sache ce qui s'était passé, le haut-parleur ne marchait pas.
Il a roulé trrrès lentement.
On est arrivé sur le pont et il s'est arrêté de nouveau. J'aurais presque pu avoir de la nostalgie de nous retrouver là, parce que ça nous était pas arrivé depuis longtemps, et il est loin maintenant le temps où ça nous arrivait tous les soirs. Donc stop. On était à l'heure, je l'ai vu sur la montre du touriste asiatique assis à côté de nous. Il avait un guide en anglais, ça pouvait tout aussi bien être un américain mais je m'égare. On était à l'heure mais on s'est arrêté.
Quelques minutes ont passé. Un train aussi. Je me suis dit c'est bon on repart. On n'est pas reparti. On fondait sur place. On prend Dali pour un génie parce qu'il a peint des gens qui se liquéfient. Je parie qu'il prenait le train. Vu que cette idée là est déjà prise, il nous reste comme inspiration la moule dans sa casserole ou le poulet au four. Pas la chaleur tournante, ni la broche (heureusement !) ; le plat, la viande ou le poisson en chemise posé dedans, et puis voilà. On est resté là, sans explication ni raison apparente pas loin de 20 minutes.
Il y a un nouvel accessoire à la gare. Un défibrillateur public. Votre coeur a des faiblesses, trouvez quelqu'un qui sait faire fonctionner le machin et hop. Comme dans Urgences. La demande devait être forte. Combien de personnes ont souffert de n'avoir pas là un défibrillateur ? J'admets qu'il suffit qu'une personne soit sauvée pour que la présence du truc soit justifiée.
Ça m'a fait réfléchir sur la disponibilité du service public. La mairie est fermée le samedi. Je suppose que je suis le seul à en avoir besoin. Ou à ne pas vouloir quitter le boulot pour les démarches administratives. Bon d'accord, ma santé n'en dépend pas.
Des bouteilles d'eau dans les trains. Ah ! Qu'on me dise pas que ça sert à rien. De l'eau gratuite je veux dire. Il y a bien des distributeurs dans la gare, mais quand le train reste bloqué 20 minutes à l'entrée de la gare justement, ça nous fait une belle jambe un distributeur sur le quai. Cela dit, un train climatisé ferait l'affaire.
Pareil pour le défibrillateur : si la chaleur provoque un malaise et qu'on en a besoin d'urgence, c'est pas de le savoir à l'intérieur de la gare qui nous rassurera.
Il faudrait un distributeur de préservatif. Ça aussi ça sauve des vies. Mais quelqu'un est contre. Sauver des vies oui mais pas de n'importe quoi.
Un drôle de truc, le service public.
