Le matin, à l'heure.
Le soir, 10 minutes de retard.
Un petit flash-back, si vous permettez.
J'étais pressé, il manque deux petits détails à propos d'hier. D'abord le matin. J'ai vu passer un jeune gars dans le train, blond cheveux courts, chemise violette ouverte sur une chaîne en argent, veste de costume gris, et jeans. Je me dis "tiens c'est drôle, il porte les couleurs de la Compagnie". Quelques minutes plus tard j'entends une voix derrière moi annoncer le contrôle des titres de transport. Arrivé à ma hauteur je me rends compte que le contrôleur était un punk. Jeans et chemise ouverte, non mais on croit rêver.
D'ailleurs il devait vraiment se passer quelque chose. Le soir le train était bondé, j'ai trouvé une place seul et Stéphane s'est assis sur les sièges de la plateforme avant de me rejoindre après Castillon. Bon moi je suis sensible à rien, mais il me fait remarquer que les gens sont agités. A cause du retard, les voyageurs vers Paris se jettent sur la contrôleuse (jolie mais pas très gracieuse) pour savoir ce qu'il en est de leur correspondance (écoutez j'ai appelé, j'ai pas réussi à les joindre alors ça doit être bon).
Et puis les hommes en uniforme. J'ai pas compté mais ils devaient être pas loin de dix. Peut-être qu'ils cherchaient mon punk du matin, j'aurais dû dire qu'il se déguise en contrôleur... Beaucoup sont descendus à Libourne, il en restait trois jusqu'à Bordeaux. Qu'est-ce qui méritait autant d'effectif ?
Non ce qui était vraiment drôle dans l'effervescence de ce train là, c'est le coup du type qui est mort. Trop loin pour qu'on voit quoi que ce soit, le contrôleur attire notre attention en appelant de plus en plus fort monsieur, pour le contrôler. Il se penche et secoue le malheureux. Les gens se lèvent pour voir. Il grommelle en laissant entendre que tout ça était source de problème. Moi-même, qui ne respecte rien, je dis à Stéphane "s'il est mort, on est pas arrivé". Il me rassure en disant qu'à Saint-Emilion (où on était) il était plus logique de continuer jusqu'à Bordeaux en prenant soin de couvrir le cadavre comme dans les avions. Quelques policiers viennent soutenir le contrôleur en difficulté et enfin, la réponse qu'attendaient tout ceux au champ de vision limité : le voyageur était vivant, mais à peine, l'alcool ayant réduit ses capacités de beaucoup... Il a eu droit à une escorte privée, c'est l'avantage réservé aux fraudeurs (mais l'était-il vraiment ?) dans son état. D'ailleurs non, c'est pas rigolo.




