Le matin, à l'heure. Climatisé.
Le soir, à l'heure. Fenêtres ouvertes.
Je ne sais plus comment ça s'appelle. "Geste-relique" ou quelque chose dans le genre. En gros c'est un geste que l'ont fait adulte mais qui prend sa source dans l'enfance, voire la petite enfance. L'exemple qu'on m'avait donné à l'époque c'était à propos du fait qu'on tire la langue quand on se concentre sur une tâche. Si je me souviens bien, c'est lié au désir de vouloir faire les choses seul, une déclaration d'indépendance. Tirer la langue adulte, c'est ce qu'on faisait pour quitter le sein de notre mère. Geste-relique.
Si quelqu'un a des infos plus précises, qu'il n'hésite pas, j'ai un peu la flemme de faire des recherches et c'est pas le propos de ce blog.
Il y a un autre geste qui vient de l'enfance. Saluer le train.
Fait coucou au train. Au revoir le train. Fait coucou au train.
Ça marche avec tout ce qui ressemble à un train, j'en vois qui font coucou au tram.
Ce soir en rentrant de la gare, j'en ai vu faire coucou au petit train qui promène les touristes en ville. Les touristes répondent, bien sûr.
Tous des gosses, au fond, je vous dis.
Si quelqu'un vous salue dans un bus, c'est qu'il vous connaît. Je sais pas pourquoi, c'est un mystère.
J'ai déjà dû le dire, j'aime les transports en commun. Je les utilise depuis le collège.
Le lycée était à Bordeaux, je me souviens qu'on passait sur un pont au dessus de la rocade (que je prenais pour l'autoroute), au niveau d'Eysines. Je regardais les voitures et je me disais "par là c'est Paris, là c'est Toulouse". J'avais aucune idée du Nord ou du Sud, encore maintenant je suis incapable de dire ou est ou. Je suis pas un pigeon, juste bonne poire.
Quand j'ai commencé à prendre le train, pour Montpellier et en revenir, je prenais souvent le train de nuit. Je me revois plus ou moins seul sur le quai, à attendre, et écouter un train de marchandise qui passait lentement sur une voie du fond. Les grondements et sifflements, pendant plusieurs minutes.
Bref, je rêvais d'ailleurs.
J'ai fini par comprendre que la vie qu'on mène importe plus que l'endroit où on la vie mais... non j'ai pas encore bien compris, j'ai pas pris assez de coup de pied au cul.
Après la gare de Cenon, on passe au dessus du reste de la ville (j'essaie de la prendre en photo mais j'arrive pas à avoir le cadrage que je veux). Ce matin, dans la rue en bas, il y avait une jeune fille qui marchait (ou un garçon avec une queue de cheval, les cheveux longs reviennent à la mode). Elle s'est retournée, la tête levée vers le train, sans s'arrêter de marcher. Je me suis souvenu de mon adolescence, peut-être que comme moi voyant un train, elle rêvait d'être dedans et partir.
Moi, de mon côté, je rêvais de finir ma nuit. J'aurais voulu pouvoir me passer de ce trajet vers mon gagne-pain et marcher au hasard dans les rues. Même à 7 heures du matin.
Chacun son ailleurs.
Et comme ils disent dans les films : attention aux vœux que vous faites.