Le matin, 25 minutes de retard.
Le soir, à l'heure.
Ce blog, qui traite de nos déboires en train, aurait pu être un pamphlet. L'expression de notre colère et de notre ras-le-bol à coup de formules bien senties et toutes ces choses qui font opiner du chef le lecteur. "Oui, ils ont raison de se plaindre".
Seulement voilà. S'il m'arrive de me mettre en colère, c'est un sentiment que j'oublie vite, une fois la situation passée. Je ne le nourris pas, la vie mérite mieux.
Malgré tout, cet idéal revendicatif est justifié, c'est juste que je sais pas faire et ma motivation littéraire est ailleurs.
Le mois dernier, quand on a parlé du blog aux nouveaux, le gars a demandé "vous réclamez quoi ?". En toute innocence, j'ai répondu "rien on tient le compte des incidents, on raconte nos histoires". Il m'a semblé voir un éclair de déception dans ses yeux, qui devait être le même que celui dans le regard des deux autres recrutés par Solène et dont on n'a jamais entendu reparler. De toute façon, elle je la connaissais pas et lui il prend un autre train maintenant.
Bref, il a jeté une nouvelle pierre dans mon jardin où je cultive si mal ma colère et mes revendications.
Ce matin, le train était en retard. Le retard était annoncé direct, le train était là mais ne partirait pas à l'heure. "Messieurs dames c'est le conducteur qui vous parle, apparemment (!) notre train partira avec un retard de 20 minutes et je suis comme vous, je ne suis au courant de rien."
Moi ça m'allait très bien, j'ai pu somnoler 20 minutes de plus.
Finalement, j'ai compris que le train de notre contrôleur était lui-même en retard et qu'on ne pouvait partir sans lui.
Le train en question est arrivé, le contrôleur nous a rejoint et roule Simone.
C'était un train bleu récent. J'étais près des portes coulissantes qui séparent la rame à la moitié, au niveau du soufflet, et j'entends le contrôleur parler à quelqu'un, un petit bout à chaque fois, quand il ouvre la porte et la laisse se refermer sans passer parce qu'il n'a pas fini de parler. Il dit "tout le monde se plaint mais personne fait rien". Je me suis senti indirectement visé.
Et je me suis souvenu de plusieurs fois où un contrôleur répondait à nos plaintes en disant "écrivez !". Remettant ainsi le pouvoir entre nos mains.
Moi je suis crevé, je crois que je vais faire entrer en scène un docteur. Je dors.